évolution des grandes sociétés françaises depuis 1982
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Après une tendance à la nationalisation des grandes entreprises
qui s'est exacerbée en 1935-1938, 1945 et 1982, les principes de libéralisation de
l'industrie et du commerce inscrits dans le traité de Rome de 1958 ont enfin été mises
en oeuvre par les gouvernements français à partir de 1986 et ont été maintenus au
programme par les gouvernements successifs.
A cette époque, le phénomène de dénationalisation, aussi lancé dans toute l'Europe
sur l'impulsion de la Commission Européenne, attirait les convoitises de la communauté
financière américaine, non pas tellement par les perspectives d'investissements qu'elle
offrait, mais par les perspectives de commissions d'expertises et d'intermédiation que la
redistribution des actifs en Europe pouvait offrir aux banques américaines. Les
sociétés nationalisées en voie de privatisation ainsi ont versé à JP Morgan, Goldman
Sachs, Lazard Frères, des commissions substantielles. A titre de reconnaissance, de
nombreux hauts fonctionnaires ou hommes politiques se sont vu offrir des situations
intéressantes dans les filiales européennes de ces entreprises.
On examinera ici -forcément de manière superficielle- l'évolution des grandes sociétés industrielles et financières françaises un temps nationalisées ou non, durant les 20 dernières années. Les sociétés de distribution restées privées pendant toute cette période et n'ayant pas l'objet que de redistributions à l'intérieur du secteur ne seront pas traitées ici.
En 1983, après l'arrivée de l'alternance de gauche, l'essentiel
des grandes entreprises françaises était placé dans le giron de l'État. Certaines s'y
trouvaient pour remplir des missions de service public et avaient été des
administrations gérées directement par l'État. D'autres avaient déjà fait l'objet
d'un plan de sauvetage par la nationalisation. D'autres enfin avaient été nationalisées
parce qu'elles remplissaient un rôle clé dans la perspective d'un aménagement
socialiste de notre société. Certaines compagnies avaient été laissées en dehors du
champ de la nationalisation ou au contraire y avaient été incluses pour des raisons
politiciennes (Renault, compagnies de distribution de l'eau).
La nationalisation s'est souvent accompagnée d'une restructuration des activités
conforme à l'intérêt général et à celui des compagnies elles-mêmes. Elle a
aussi entraîné la tentation d'un meccano regroupant des activités disparates sous
l'égide de dirigeants relativement non responsables. Elle a quasiment interdit la
redistribution du capital sur une base internationale et gêné la constitution
d'alliances. Certains prédateurs extérieurs ont préféré guetter la phase de
dénationalisation pour essayer d'attaquer leur proies. On verra s'ils y ont réussi.
Saint-Gobain
Saint-Gobain, compagnie issue de la Manufacture Royale de glaces,
puis compagnie privée engagée dans les matériaux de construction, y compris avec un
pied dans la sidérurgie à Pont-à-Mousson, tenta à la fin des années 1970 avec
MM Fauroux et Minc de se diversifier encore davantage en particulier dans l'électronique
(semi-conducteurs, informatique avec Bull, et bureautique avec Olivetti). Avec le
consentement de son patron R Fauroux, la compagnie fut nationalisée en 1982, mais elle
fut recentrée sur ses métiers d'origine et dut abandonner sa nouvelle vocation
électronique en cédant ESS à Thomson, en abandonnant sa part d'Olivetti à AT&T et
en laissant l'indépendance à Bull.
Une des premières compagnies privatisées en 1986, Saint-Gobain a poursuivi sa carrière
dans ses métiers d'origine. Ses investissements -surtout ceux faits aux USA- souffrirent
des aléas de la crise de l'amiante. Son parcours en bourse fut au début exemplaire,
bénéficiant sans doute d'arriver plus tôt sur le marché, ne bénéficia pas de la
bulle high-tech et suivit le parcours dicté par la conjoncture.
Thomson
Le groupe Thomson développé pendant les années 1970 (fusion avec CSF, association avec le constructeur Hotchkiss-Brandt bien placé dans le marchés d'armement, ayant absorbé des rivaux européens d'électronique domestique) représentait un conglomérat ayant en point de mire General Electric et Siemens. Son archi-rival restait la Compagnie Générale d'électricité avec lequel il s'était affronté dans l'industrie téléphonique et l'informatique.
Avec la nationalisation, Thomson est devenu, sous Alain Gomez, une des principales sociétés industrielles européennes d'électronique, plus importante que le néerlandais Philips et à peine inférieur à Siemens. Son rachat de l'essentiel de RCA en faisait une société très importante sur le marché nord-américain.
A partir des années 1990, a commencé une dissolution progressive de ce qu'on avait appelé le "groupe Thomson". Ses activités bancaires, quelque peu sulfureuses, Thomson-Finances devenu Altus se faisait absorber par le Crédit Lyonnais et contribuait à entraîner ce dernier dans une quasi-faillite. Les activités informatiques non cédées à Bull se divisaient en activités de service filialisées et d'informatique grand public entraînées dans le naufrage des plans informatique pour tous. Thomson se séparait définitivement de ses intérêts électromécaniques dont le nom actuel de Alstom rappelle encore celui de son ancien actionnaire historique.
Enfin, une scission fut décidée entre les activités d'électronique militaire renommées Thalès et les activités télévision et assimilées restant sous le nom de Thomson. La seconde fut à deux doigts d'être vendue "pour 1 franc" au coréen Daewoo.
Thierry Breton, nommé PDG de Thomson après son séjour
chez Bull, redressa quelque peu la compagnie. Ses activités de R&D, surtout
aux USA, furent rationalisées et l'offre de la compagnie devint essentiellement
d'origine externe (JVC par exemble). L' activités téléviseurs y compris les
labos et les usines fut cédé à une filiale contrôlée par le chinois TLC.
Compagnie Générale d'Electricité
La Compagnie Générale d'Electricité jouait un rôle important comme fournisseur des PTT.
Elle avait en 1982 avec la nationalisation fini par regrouper l'électronique et l'électro-technique française. La CGE a acquis les restes de l'ancien empire ITT avec ses filiales allemandes, belges et scandinaves. Elle avait avec sa filiale Alsthom une position extrêment puissante sur la construction de matériel roulant ferroviaire et dans les alternateurs.
La CGE est devenue Alcatel et s'est vu prospérer avec la privatisation et le développement des télécommunications digitales et des télécommunications mobiles en Europe après 1990. Elle s'est crue obligée de faire des emplettes de sociétés technologiques aux Etats-Unis et a été à deux doigts d'acquérir Lucent Technologies, le reste des Bell Laboratories due l'ex-monopole américain AT&T.
La saturation du marché (le mobile représente maintenant 50% de l'équipement) ainsi que l'éclatement de la bulle Internet a obligé Alcatel tout d'abord à se défaire de branches subalternes par rapport à son marché principal puis à devenir peu à peu une "société sans usines" (selon le mot de son PDG Serge Tchuruk). Alcatel a une place prépondérante d'équipementier des opérateurs téléphoniques en France et dans une partie de l'Europe. La compagnie a bénéficié du développement de l'Internet ADSL, mais a abandonné le marché grand public des mobiles.
Bull
La compagnie CII-HB, filiale commune de Saint-Gobain et de Honeywell fut nationalisée en 1982. Son origine remonte à la Compagnie des Machine Bull, entreprise mécanographique liée à des papetiers, qui se lança dans les années 1950 dans les premières générations d'ordinateurs de gestion. En défaillance financière, elle fut rachetée par la firme américaine General Electric qui la céda à Honeywell en 1970. Le gouvernement français, ébranlé par la cession à l'étranger d'une entreprise de pointe, orchestra par deux plans calculs successifs la création de la CII appuyée sur Thomson et la Compagnie Générale d'Electricité. CII s'attaqua de front à IBM et GE-Honeywell-Bull avec un succès presque exclusivement limité aux administrations françaises. L'avènement d'un gouvernement libéral en 1974 provoqua le retrait du soutien gouvernemental et l'absorption de CII par Honeywell-Bull. L'alternance politique de 1981, confirma la promesse électorale de faire entrer CII-HB dans le giron nationalisé, en retrouvant le nom de groupe Bull. Ce groupe absorbera bientôt les filiales informatiques de la plupart des sociétés industrielles récemment nationalisées. Les dotations financières de l'état servirent à un développement tout azimuts dans les années 1980 avec la reprise des actifs Honeywell en 1985 et l'absorption de Zenith Computers aux États-Unis. Cette croissance absorba les ressources de la compagnie qui ne purent suivre l'évolution de la micro-informatique et des systèmes ouverts. A partir de 1993, Bull commença une phase de désinvestissements successifs tant sur le plan géographique, que fabrication et R&D. D'une place de numéro 2 de l'informatique en 1975, Bull glissa vers la place d'un acteur ultra marginal dans l'informatique mondiale. En 1993, le gouvernement français chercha à replacer le capital de l'entreprise. Le plan de dénationalisation de J.M. Decarpentries et Thierry Breton sembla au début couronné de succès: évitant la présence d'un partenaire dominant, il conservait pour le management de l'entreprise le contrôle complet de sa politique. Cependant, cette liberté fut obérée par la diminution des revenus des grands ordinateurs et le maintien de sources de dépenses multiples. Malgré l'exemple de IBM Global Services, le nouveau Bull n'a pas su pénétrer le monde de l'infogérance; son implantation à l'étranger a été cédée à la SSII de services informatiques Steria.
Aérospatiale
La compagnie Aérospatiale (maintenant EADS) a été l'héritière des sociétés d'aviation nationalisées en 1936 (certaines en 1945) dans le but de regrouper les fabrications militaires d'avions. Le noyau de l'Aérospatiale est la SNCASE (alias Sud-Est Aviation) -dont il ne reste que les usines de Marignane (transférées à Eurocopter) et de Cannes (spatial)- etla SNCASO (alias Sud-Ouest Aviation) avec le complexe de Toulouse. Aérospatiale (alors Sud-Aviation) a aussi absorbé la SNCAN et la SNCAC dont il reste l'établissement de Saint Nazaire. la dispersion géographique a une explication stratégique, le regroupement des fabrications dans un seul centre était impensable dans le contexte géostratégique des années 1930 et 1940.
Snecma
La Société Nationale d'études et de
construction de moteurs d'avions a longtemps survécu de la fabrication de
turboréacteurs militaires pour les avions Marcel Dassault. Un accord avec
General Electric lui a permis de conquérir une place notable dans le
marché des avions civil (Boeing 737 et Airbus).
Elle a absorbé la SEPR société de moteurs-fusées, alimentée par le marché
militaire français et Ariane.
SNECMA privatisé s'est fait racheter par le groupe électronique SAGEM en 2003.
Snpe
Renault
Peugeot
Elf
Total
Usinor
Charbonnages de France
Pechiney Ugine Kuhlmann
Potasse d'Alsace
SEITA
Hachette
Société Générale
Paribas
Crédit Lyonnais
Suez
Crédit Commercial de France
Crédit Agricole
Crédit Local de France
L'Union
AGF
Compagnie Générale des Eaux
Lyonnaise des Eaux
SNCF
EDF
GDF
Air France
Air Inter
La Poste
Autoroutes
DGT
Les start-up
On classera sous ce titre les sociétés reconnues dans le monde de l'an 2000 et qui n'étaient pas encore nées ou qui étaient encore dans l'enfance en 1982.
Canal Plus
Cap-Gemini
Gemplus
Institut du Pétrole
High Wave Optical
Les sociétés étrangères
Seules sont retenues ici les sociétés à capital étranger ayant (ou ayant eu) une implantation industrielle significative en France. D'autres sociétés ont des réseaux de distribution importants au point de vue chiffre d'affaires et emplois.
IBM
Sony
Esso
Shell
Ford
Toyota